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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 09:41

 

 

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Pour la troisième année consécutive, l’Association de la Ferme des Jeux, Familles laïques, la bibliothèque municipale de l’Arcature et Ciclop 77 ateliers d’écriture organisent à la Ferme des Jeux de Vaux-le-Pénil leur salon littéraire

 

Cet événement aura lieu le dimanche 14 octobre 2012.

 

C'est un lieu de rencontres, d'échanges entre des éditeurs qui n'ont pas encore une grande pignon sur rue, des auteurs et un public.

Tous les genres seront présents : du livre jeunesse au polar, en passant par la bande dessinée et le roman de science fiction.

Les initiateurs de ce salon ont la prétention d'ouvrir les portes à toutes celles et à tous ceux qui sont intéressés par la démarche et qui cherchent à se faire mieux connaître.

Ni les éditeurs, ni les écrivains ne paieront un droit d'entrée ou leur stand.

Quant aux visiteurs, ils pourront librement s'informer, demander une dédicace et acheter un ou plusieurs livres.

Voici quelques échos des précédentes éditions :

d« Nous saluons votre initiative car le livre s’éloigne malheureusement d’une partie de la population. Les divers salons

du livre maintiennent un lien, ce qui est fondamental. » - Sandrine Duvillier, les Éditions du Sonneur.

d« Nous avons été ravis de participer. L’ambiance était chaleureuse. Nous avons trouvé la taille du salon très agréable et

son orientation politique et sociale très bénéfique par les temps qui courent. » - Martine Lévy, Éditions La cause

des livres.

Les éditeurs et auteurs intéressés peuvent, dès maintenant, prendre contact à l’adresse mail indiquée ci-dessous.

A l'occasion de ce troisième salon, les organisateurs ont décidé de créer un prix littéraire :

Les petites pages“, le prix du 1er album

jeunesse 0-7 ans de la ville de Vaux-le-Pénil

Ce prix sera remis à l’occasion du salon.

 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 08:49

MOHAMED.gif 

 

« Moi, Mohamed, esclave moderne »

livre de Mohamed Kemigue

avec Djénane Kareh Tager

La vie quotidienne d'un sans papier

éditions Plon

janvier 2012

207 pages

18 €

 

Autopsie sociale d'une société clandestine mais tellement humaine !

 

L'originalité et l'intérêt de ce livre-témoignage, c'est de nous faire découvrir un milieu peu connu, magnifié par certains et vilipendé par d'autres : celui des sans papiers...

Le « héros » vient de Côte d'Ivoire.

Comme d'autres il est venu en France, lui, pour répondre à la demande de sa mère. Il ignorait qu'il allait vivre ou plutôt survivre de très nombreuses années dans l'angoisse des lendemains et dans une complète précarité.

Il est en situation illégale comme des dizaines de milliers de personnes avec la peur au ventre- il peut être expulsé  à tout moment- et la faim qui le tenaille.

Se prétendre « un esclave moderne » procède de l'exagération !?

L'esclave traditionnel vivait dans la sécurité alimentaire, le moderne « trime le ventre vide » :

« Le premier était battu s'il se rebellait, le deuxième crèvera comme un chien s'il refuse ce qui pourrait être son gagne-pain, mais qui ne l'est pas toujours. Il est obligé de jouer à la partie de poker menteur qui lui est imposée. Obligé, parce n'a pas le choix. »

 

L'auteur n'est pas dans le registre du complexe post colonial de l'européen mais dans le « dire vrai » : ceux et celles qui emploient et sur-exploitent les sans papiers sont assez souvent des africains qui eux sont nés en France ou régularisés depuis longtemps.

Le clandestin prend n'importe quel travail et s'il se plaint parce qu'il reçoit peu, « l'employeur » lui rappelle que sans papiers, il ne dispose d'aucune existence légale.

Prends si je te donne et de toutes façons, tais toi !

Le lecteur découvre les réseaux mafieux, parfois tolérés par les autorités françaises mais aussi les réseaux de solidarité et l'organisation sociale solidaire qui existe dans les squats.

Comme l'explique bien l'auteur, un pays a droit de réguler ses frontières, mais il n'a pas le droit de jouer avec des existences. Mohamed comme beaucoup d'autres immigrés «  clandestins » a fait sa vie ici en France. Il a une compagne et des enfants. Ceux-ci sont aujourd'hui à l'école primaire et leur pays, c'est la France et pas la Côte d'Ivoire.

Combien sont-ils ces êtres transparents que l'on rencontre dans la rue ?

L'économie a besoin d'eux et comme le dit Mohamed avec une pointe d'ironie, s'ils n'étaient pas là, eux les « sans papiers », « Ils seraient bien démunis pour construire leurs campagnes électorales ! Alors on nous expulse, pour prouver aux électeurs qu'on a bien travaillé. Mais on ne nous expulse pas trop.... »

 

Jean-François Chalot 

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 10:32

  

 LA BALADE DES VIVANTS VIVANTS « Les premières bandes dessinées muettes ont pour origine la presse.  
 Elles apparaissent vers 1860 dans les hebdomadaires satiriques allemands comme le Fliegende Blätter 
  et seront importées en France par Caran d’Ache (1859-1909) 
  vers 1880 dans des revues comme Tout Paris, ou Le Chat Noir. » Si les bandes dessinées classiques avec des dialogues et sous titres sont de loin les plus courantes  
 sous la forme d'albums, quelques dessinateurs ont choisi le muet intégral  
 afin de laisser au « lecteur » le loisir de suivre l'histoire et d'imaginer les dialogues. Sapiens qui a commencé à dessiner dans des fanzines a décidé de réaliser un « vieux » projet : 
  dessiner des planches de dessins , le « lecteur » pouvant inventer complètement l'histoire 
  ou laisser aller totalement son imagination. Rejetant cette société de violences et de profits, où les pauvres s'appauvrissent et les riches s'enrichissent, 
  il a rêvé d'une autre vie.... Ces cités si décriées par beaucoup et laissées à l'abandon pourraient très bien être des lieux 
  où il fait bon vivre ensemble. La solidarité pourrait être roi.... C'est la balade des vivants vivants qui discutent entre eux, organisent de grandes tablées,  
 inventent une utilisation originale des espaces.... Et le travail dans tout cela? La BD devait sortir fin décembre 2011 , à l'occasion du centenaire de Paul Lafargue,  
 qui a osé écrire et défendre « le droit à la paresse ». 
 .Lafargue a apporté beaucoup au mouvement social qui semble l'avoir oublié. Les personnages ne sont pas « paresseux » proprement dit, ils vivent autrement, certains, 
  du moins ceux qui arrivent à trouver du travail sont salariés ou fonctionnaires, d'autres sont chômeurs 
  mais tous participent activement même à la vie de la cité, prenant en charge certaines tâches... 
 .Voici que je me mets à interpréter...C'est ma lecture : c'est toute la magie du livre : tout le monde écrit  
 dans sa tête son scénario. Chaque planche, réalisée minutieusement à la main a demandé au dessinateur 5 et 10 jours de « travail » .. 
 .Il ne s'agit pas d'un travail puisque Sapiens était dans le libre choix.! Jean-François Chalot prix de l'album 10 € disponible au local sour demande 
 Sapiens est adhérent à Familles laïques de Vaux le Pénil 
 contact : sapiensbd@yahoo.fr 

RECTO-CIEL--TAIL--ROUGE.jpg

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 15:53

 

Alain Bentolila, linguiste bien connu nous a fait l'honneur de sa présence lors de notre deuxième salon littéraire de Vaux le Pénil.

Il nous avait annoncé son intention d'écrire un livre de propositions....

Le voici, c'est un ouvrage indispensable à l'usage des enseignants et des parents

 

« Au tableau,

Monsieur le Président! 

Pour une école

enfin républicaine »

livre d'Alain Bentolila

Editions Odile Jacob

149 pages

janvier 2012

9,90 €

 

Pour une école exigeante et généreuse, donc Républicaine

 

 

Dès le début de son ouvrage, l'auteur voue aux gémonies l'opposition farouche, caricaturale des deux groupes, l'un conservateur, prêt pour « sauver l'école » à « négliger le sort du quart des élèves » et à prôner l'apprentissage frontal et l'autre, « moderne », rejetant volontiers l'analyse grammaticale, les règles de grammaire, l'apprentissage systématique de la lecture et préférant la « littérature de jeunesse » aux grands auteurs....

Il s'agit alors pour Alain Bentolila de proposer, non de revenir à l'école magnifiée d'hier, mais de bâtir une école que l'élève n'est pas obligé de fréquenter parce qu'il grandit mais qui constitue une entité éducative qui le fait grandir.

Dans cette adresse argumentée au Président de la République – qui sortira des urnes- l'auteur propose que soit mis au cœur de son projet politique d'éducation, « le pouvoir de résilience de l'école » .

« Ce pouvoir signifie que l'attention portée aux plus fragiles de nos élèves, l'ambition et l'exigence signifiées aux plus démunis et enfin l'accompagnement constant de ceux qui n'ont reçu que silence et indifférence ont la vertu d'élargir leur horizon scolaire et social. »

 

Rien n'est passé sous silence, ni la question des contenus du programme, ni celle des points de passage, de la maternelle et des cinq failles qui marquent un changement important pour l'élève en termes d'exigence et ce « complexité des apprentissages »durant tout son cursus.

L'auteur propose ainsi, notamment pour ce qu'il appelle « l'école fondamentale » de la moyenne section de la maternelle à la 6 ème , trois sas de transition, au cours desquels, les enfants en difficultés sont aidés et accompagnés.

Il ne s'agit surtout pas de privilégier la réflexion à l'action et vice versa mais de mettre en place une formation polyvalente et polytechnique s'appuyant sur les facultés et goûts de chacun et renforçant les savoirs et savoir faire fondamentaux.

Durant le cycle unique des savoirs et des techniques, constitué de la 5éme et de la 4 ème, il faudra à la fois expliquer un texte littéraire et savoir construire un circuit électrique ou construire un objet.

Quant à la formation des enseignants, il faut arriver pour chacun d'entre eux à une maîtrise disciplinaire et à une maîtrise pédagogique...Rien n'est inné, tout s'apprend , y compris et surtout la conduite d'une classe.

 

L'auteur termine son ouvrage en traçant des perspectives crédibles et lisibles pour le combat contre l'illettrisme en laissant de côté le discours moralisateur pour « faire toucher du doigt » à ceux et à celles qui sont en difficulté que « lire, écrire, argumenter et compter permet de mieux contrôler des choix de vie, c'est à dire de fixer soi-même ses propres buts. »

Voici là un livre qui sera date et qui permettra, je l'espère, de déboucher sur une réflexion collective et des décisions pour la fondation d'une école exigeante et généreuse...donc Républicaine.

 

Jean-François Chalot

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 09:34

 SANTOS-copie-1.jpg

 

« La sérénade d'Ibrahim Santos »

roman de Yamen Manai

éditions Elyzad

269 pages

septembre 2011

18,90 €

 

Conte ou chronique moderne

 

 

Santa Clara est une petite ville oubliée des Caraïbes...Elle vit tranquillement repliée sur elle-même.

Les habitants et leur Maire ne savent même pas que la « Révolution » a eu lieu il y a 20 ans et qu'un général a laissé la place à un autre général.

Tout aurait pu continuer ainsi pour le bonheur des habitants si le « nouveau » régime n'avait pas découvert que cette commune produisait un rhum délicieux...

Ah convoitise quand tu les tiens!

Le Président Général adepte de l'autosuffisance alimentaire à atteindre coûte que coûte, « même s'il faut pour cela que le peuple arrête de manger » adopte la position de son Ministre de l'Agriculture, il suffit de moderniser à outrance pour augmenter la production.

Comme ce rhum est succulent, envoyons sur place un ingénieur agronome!

Entre la magie rurale emmenée par le musicien météorologue Ibrahim Santos et l'apport d'engrais chimiques et de pesticides puissants et « efficaces », c'est l'opposition frontale....

C'est la guerre entre le pot de terre et le pot de fer.

Les paysans tiennent bon mais voilà, l'armée est là sur place avec des consignes claires mais peu humanistes.

Quant à l'ingénieur, « on raconte que dans les laboratoires de son Université, grâce à des croisements d'une autre technicité, il a développé un type de raisin sans pépin, dont une seule grappe remplit à elle seule une brouette. »!?

La vision du cœur triomphera t-elle du mirage de l'orgueil?

Avec une pincée de poésie, une autre d'humour et un talent d'écrivain , ce jeune auteur, né à Tunis salue les révolutions arabes en terminant sa préface avec réalisme :

« Que c'est magnifique. Pourvu que cette montagne de dignité n'accouche pas d'une nouvelle souris manipulatrice. »

 

Jean-François Chalot

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 17:55

Nos ami(e)s de l'association "la carte briarde" ont organisé le 11 décembre leur 31 ème foire aux cartes postes à Vaux-le-Pénil.

Ce fut une réussite totale avec des expositions fort intéressantes et une affluence très importante.

Nous y avons rencontré, le dessinateur de talent qui réalise des cartes postales pour l'association.

Il présentait aussi ses BD....

 

 BLANDY.jpg

Un bon coup de crayon....

 

La bande dessinée reste en vogue dans notre pays....On y trouve pour tous les goûts et pour tous les âges...C'est d'ailleurs une bonne chose surtout quand les dessins sont soignés, l'histoire plaisante et l'écriture correcte.

Certains lecteurs se passionnent pour la science fiction et d'autres comme moi choisissent les histoires un peu plus classiques.

Si je préfère le roman ou l'essai, il m'arrive d'ouvrir une BD et de me laisser tenter comme aujourd'hui à l'occasion d'une journée organisée par la carte briarde.

J'y ai découvert Christophe CARMONA qui , à partir d'une idée, écrit un scénario et dessine à la main les personnages, les mouvements et les paysages avec minutie.

Quand je l'ai interrogé sur l'informatique, il m'a répondu que s'il maîtrisait quelque peu cette technique il préférait réaliser à la main, « au crayon » toutes ses planches.

 

« Les aventures d'Aline »

de Christophe CARMONA

Les Tours de Blandy

 

Voyage spatio-temporel

 

Aline est une jeune fille ravissante, gaie, généreuse et curieuse de tout...Quand elle découvre la possibilité de voyager dans le temps, elle en profite pour aller en quête du passé, par plaisir un peu mais surtout pour trouver la solution d'une énigme.

C'est l'occasion rêvée pour le lecteur de se plonger dans le patrimoine et son histoire.

Chaque album est un tout et il n'est pas obligatoire de lire le précédent ou le suivant sauf si le connaisseur souhaite visiter avec l'héroïne l'Alsace, région de l'auteur, l'Allemagne toute proche où d'autres sites plus lointains.

Blandy les Tours est un petit village construit autour d'un château féodal fort pittoresque.

Usé par le temps, ce château commençait à tomber en ruines jusqu'au jour où, le Conseil Général de Seine et Marne devenu acquéreur pour le franc symbolique en 1992 décida d'entreprendre des travaux de rénovation que la commune n'avait pas les moyens d'assurer, faute de moyens....

Voici pour la réalité.

Aline arrive pour participer aux fouilles de Blandy et tombe sur les « pleins travaux de restauration »....

A la suite d'un accident qui aurait pu lui coûter la vie, elle se retrouve en 1372 pour sauver un jeune homme d'une mort certaine....

Cet acte humaniste et courageux peut avoir des conséquences dramatiques et rayer de la carte généalogique des centaines de générations!?

Ce jeune homme veut pourfendre des centaines de personnes en épousant une carrière militaire....

L'histoire part sur les chapeaux de roues...Aline, devenue amoureuse nous entraîne sur les sentiers de l'histoire de Blandy, celle réelle et celle romancée que des historiens ont écrite.

Le dessinateur est allé sur place pour visiter la commune, c'est certain.

Le lecteur reconnaît la place, le lavoir et les principales maisons qui longent l'édifice féodal.

Christophe Carmona est un dessinateur et scénariste qui mérite d'être connu.

 

Dans la dernière BD réalisée à ce jour, Aline se retrouve à Strasbourg pour aider son grand père à trouver une réponse à la question qui lui a taraudé l'esprit durant une bonne partie de sa vie.

Aline n' hésite pas à partir dans le passé le plus lointain, malgré les risques.

Dans le cadre d'une histoire extraordinaire et plus que fictive, l'auteur nous fait découvrir l'histoire de cette « capitale incontournable du continent » et les nombreux édifices architecturaux.

C'est une invitation agréable à visiter Strasbourg en y prenant tout le temps qu'il faut.

 

Jean-François Chalot

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 06:51

On pourrait croire qu’un linguiste est un personnage un peu myope à force de s’user les yeux à décortiquer les textes dans sa tour d’ivoire. Alain Bentolila (1) a montré tout le contraire, dimanche 9 octobre 2011, au « Salon littéraire » de Vaux-le-Pénil, pendant la conférence de deux heures qu’il y a donnée sur le thème « Qu’est-ce que lire ? » (2).

 

 

L’enjeu sociétal d’une langue commune

 

D’entrée, il a fait prendre la mesure de l’enjeu d’une langue commune pour la survie de toute société. Si ses membres ne la partagent pas et ne comprennent ni les mots ni « la syntaxe qui les met en scène », alors c’est l’incompréhension et le repli communautariste qui en résultent. Le mythe biblique de la Tour de Babel devrait mettre en garde : une société qui ne partage pas une langue commune court à sa destruction.

 

La langue est, d’autre part, la condition première de toute science pour déchiffrer le monde. A. Bentolila a pris l’exemple de Galilée qui a été fort bien compris du pouvoir ecclésiastique quand il a affirmé en 1633 que « la terre tournait autour du soleil » et non l’inverse. La langue fixe une place au sujet et au complément qui n’est pas négociable : chacun doit apprendre à s’y conformer sous peine de confusion. Et la preuve que Galilée a bien été compris de ses juges qui soutenaient le contraire, c’est qu’il a été assigné à résidence pour le restant de ses jours à Arcetri, dans la banlieue de Florence.

 

Langue et science ne peuvent s’exprimer enfin que dans une société libérée du carcan de tout dogme. Par l’échange que seule rend possible une langue commune, les hommes s’autorisent à aller voir derrière les apparences. C’est sans doute la meilleure définition de la Laïcité qui seule permet de penser ensemble et de questionner le monde au-delà des croyances invérifiables.

 

« 35 à 40 ans de mensonges ! »

 

L’enjeu d’une langue commune ainsi perçu, Alain Bentolila s’en est pris alors à ce qu’il a appelé « 35 à 40 ans de mensonges » qui ont conduit la société française à une situation bien proche de celle de la Tour de Babel où ses membres ne peuvent plus se comprendre et se replient sur divers communautarismes.

 

1- La négation d’un dictionnaire mental originel

Un premier mensonge a été de nier que l’apprentissage de la lecture dépend du stock initial de mots qu’un enfant de 6 ans détient dans « son dictionnaire mental » et qui lui vient de son milieu culturel. Il peut varier de 1 à 7, selon A. Bentolila. Qu’on songe à ce qu’il peut en être quand une masse d’enfants apprennent à l’école une langue qui n’est pas leur langue maternelle !

 

Une méthode pernicieuse venue d’Amérique a prétendu laisser tomber le déchiffrage de la relation entre lettres et sons au profit de la simple photographie de « la silhouette » des mots à mémoriser.

- Quand ces mots correspondent à des images du dictionnaire mental dont dispose déjà l’enfant grâce à son milieu culturel, il les assimile très bien.

- Mais quand ils ne renvoient à rien, l’enfant ne peut apprendre à lire : il est perdu et renonce. En revanche, la méthode syllabique lui donne une assurance, en lui permettant d’avancer pas à pas : il apprend à déchiffrer, mémorise, et reprend confiance.

Les deux méthodes ne doivent donc pas s’exclure : leur pertinence dépend du contexte culturel de l’enfant.

 

2- la négation du labeur qui précède le plaisir

Un second mensonge a été de faire croire qu’il fallait d’abord rechercher le plaisir de lire, quand, dit A. Bentolila, c’est « le labeur (qui) précède le plaisir de savoir lire », selon le titre d’un de ses récents articles. L’apprentissage du code - à quoi bon le cacher ? - nécessite un rude effort : seules, la relation entre lettres et sons, d’une part et, d’autre part, leur mise en ordre selon une syntaxe invariable ouvrent sur le sens. Nul ne peut s’opposer à ce code sous peine de ne rien comprendre et ne pas être compris.

 

Deux perversions qui ont été contractées

 

À ces mensonges se sont ajoutées des perversions dont on a pas su se garder.

 

1- Les deux attitudes préalables à toute compréhension

Car l’acte de comprendre exige deux attitudes qui doivent s’équilibrer, comme « les deux plateaux d’une balance », selon A. Bentolila.

- L’une est « le respect et l’obéissance dus à l’auteur » qu’on a fini par oublier. Or, pourtant, n’est-il pas important de savoir qu’un auteur est celui qui a pris la peine d’écrire pour transmettre à ses lecteurs contemporains ou futurs avec précision ce qu’il souhaitait transmettre de son expérience ? Cela ne mérite-t-il pas qu’on lui en doive reconnaissance en commençant par faire effort pour saisir au plus juste ce qu’il a écrit ?

- La seconde attitude est celle qui découle de la singularité de chaque lecteur avec sa propre histoire et son expérience originale, c’est-à-dire son cadre de référence personnel à travers le quel est filtrée sa représentation de la réalité.

 

2- Les deux perversions qui peuvent en découler

Seulement ces deux attitudes complémentaires peuvent ouvrir sur deux perversions.

- La soumission aveugle à l’autorité

L’une est une soumission aveugle à l’autorité de l’auteur qu’on ne se permet pas de critiquer. Le meilleur exemple est la lecture religieuse des textes sacrés qui s’interdit de contester « la parole de Dieu » ou celle des prophètes. Ne reste alors que la psalmodie, la répétition et l’agenouillement devant l’autorité qui ne se trompe pas et ne peut tromper.

 

Or Dieu sait si une autorité, puisqu’elle est humaine, peut non seulement se tromper mais délibérément tromper. Il est singulier que la lecture prétendument laïque des textes ait imité ce mode de lecture religieux, la parole des Classiques n’ayant jamais fait que remplacer celle des Prophètes.

 

- L’interprétation personnelle fantaisiste

L’autre perversion est au contraire l’interprétation toute personnelle que le lecteur s’autorise à donner du texte de l’auteur. Il « picore quelques mots » ici et là et perd le sens du texte que l’auteur a tenu à transmettre. C’est le problème des illettrés aujourd’hui qui ne retiennent que quelques mots et construisent autour une histoire fantaisiste sans aucun rapport avec les informations transmises.

 

A. Bentolila a cité une expérience de huit mois menée avec ses assistants sur un millier d’illettrés, détectés lors des Journées Défense et Citoyenneté (JDC) qui ont remplacé les Journées d'Appel de Préparation à la Défense. La plupart étaient incapables de restituer la brève histoire qui leur était lue : ils inventaient les anecdotes les plus loufoques à partir de quelques mots saisis ici ou là. Et quand l’histoire originelle leur était relue, ils prétendaient que l’histoire avait été changée !

 

Lecture et écriture, conditions de l’autonomie du citoyen

 

Enfin, A. Bentolila a insisté sur la nécessité d’inscrire l’apprentissage de la lecture dans un projet que le lecteur doit ressentir comme vital pour lui. On ne consent pas un effort aussi gigantesque qu’est l’assimilation du code de lecture et d’écriture, si on n’est pas certain d’en tirer un bénéfice à la mesure du sacrifice consenti. Or, point de salut aujourd’hui sans la maîtrise de la lecture et de l’écriture, sous peine de rester dépendants des autres et de devoir renoncer à toute autonomie !

 

 

Voilà une approche de « l’acte de lire » qui est bien éloigné de ce qu’en a fait l’École. Rien d’étonnant à ce que tant d’enfants n’accèdent pas à ce savoir rudimentaire qui conditionne pourtant la qualité de leur vie future. Ce qui étonne, c’est l’obstination dans l’erreur dont fait preuve l’Éducation nationale et ses prétendus experts, en dépit d’échecs cuisants et répétés. « Errare humanum est, perseverare diabolicum ». Même si A. Bentolila ne s’est pas aventuré sur le terrain, on est en droit de se demander si cette obstination dans l’erreur n’entre pas dans un plan de démolition de l’École perçue désormais comme dangereuse, après avoir été jugée utile et nécessaire à la première révolution industrielle : n’est-il pas suffisant aujourd’hui qu’une minorité sache déchiffrer sa langue et le monde, tandis qu’une majorité d’incultes ne se verraient offrir pour toute perspective que d’entrer au service des clientèles de la minorité pour survivre ? Paul Villach

 

(1) Alain Bentolila est professeur à l’Université Paris V.

(2) Le 2ème « Salon littéraire » de Vaux-le-Pénil était organisé par l’Association de la Ferme des Jeux, Familles Laïques de Vaux-le-Pénil, la bibliothèque municipale de l’Arcature et Ciclop 77 ateliers d’écriture.

Pour toutes informations : assofermedesjeux@gmail.com

 

 

 

 

 

Actualités-Octobre 2011

 

 

 

Un jeune Turc, en France depuis quelques années, se fait arrêter en Région Parisienne au cours d’un contrôle d’identité. Il a sur lui son seul passeport avec un visa de séjour dépassé. Il est conduit aussitôt au Centre de rétention du Mesnil-Amelot. Or il est marié et père d’un enfant en France. Ses recours au tribunal administratif ayant été rejetés, il est renvoyé dans son pays. Une vie qui bascule. Or, tout homme a le droit à une vie familiale, selon la convention des droits de l’homme. C’est un exemple de l’arbitraire d’une arrestation pour honorer la politique du chiffre de 30.000 expulsions.

 

Le Centre de rétention de Nîmes a connu une série de drames ces dernières semaines : enfermement d’un enfant polyhandicapé, suicide et tentatives de suicides, et même enfermement d’étrangers en situation régulière !

Un jeune Mauritanien cherche asile en France pour fuir un climat de violence familiale. Après plusieurs années de scolarité, il parle le français correctement, ce qui lui laisse entrevoir un futur emploi. Ses démarches en préfecture de Seine-et-Marne aboutissent à un refus de régularisation et un ordre de quitter le territoire français. Arrêté peu après sur le chemin de l’école, il est emmené au CRA du Mesnil-Amelot.

 

Les mises en rétention se multiplient, selon des procédés qui souvent ne respectent ni les personnes ni parfois même les lois nationales ou européennes. Parfois les retenus n’ont pas pu récupérer leurs dossiers ni connaître leurs droits et justice ne peut leur être rendue.

 

Le Cercle de Silence de Melun, comme les 3 autres Cercles de Seine-et-Marne (Meaux, Chelles, Bussy St Georges) dénonce l’arbitraire des arrestations « au faciès » et la situation de non droit consistant à enfermer des personnes qui n’ont commis aucun délit …

 

 

 

Le CERCLE DE SILENCE de Melun.

S’y retrouvent, à titre personnel, des membres de diverses organisations : Réseau d’éducation sans frontière, Action des chrétiens contre la torture, Ligue des droits de l’homme, Familles Laïques de Vaux le Pénil, CDAFAL77, MRAP, CCFD, Entraide protestante, Cimade, Partenia 77… et aussi des hommes et de femmes n’appartenant à aucune organisation.

Si vous êtes sensibles à ces situations,

Venez nous rejoindre

Chaque dernier mardi du mois, de 18h00 à 19h00,

Place Saint Jean à Melun

Pour plus d’informations : Dominique Thibaud, 34, rue A.Sommier 77000 Maincy dominique.thibaud2@wanadoo.fr

 

 

 

 

 

 

 

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 06:16

Le deuxième salon littéraire de Vaux Pénil

 

Les organisateurs, les éditeurs et les écrivains étaient contents, et beaucoup  les ont d'ores et déjà remerciés pour l'accueil chaleureux et l'organisation, d'autant que pour certains c'était un 1er salon.

Si l'affluence n'était pas la même que l'an dernier, les discussions et les rencontres ont été fructueuses, riches, intéressantes ....

Voici quelques images :

universite_de_parents.JPG

Deux intervenants, auteurs à l'université de parents,

Anna CROS et Charles-Antoine CROS

 

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un stand nous invitant avec humour à lire,

 

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la conférence passionnante d'Alain Bentolila,

 

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le stand de ATD Quart Monde et le témoigange qui a suivi, 

 

Monsieur_Le_Mr_Le_Naour.JPG

ainsi que celle de  Mr le Naour ,

auteur de l'histoire de l'abolition de la peine de mort

venu au salon ce 9 octobre, hasard du calendrier,

30 ans jour pour jour, après la promulgation de la loi d'abrogation en France!

 

Les associations partenaires ont annoncé leur intention de préparer une troisième édition avec en projet, et l'espèrent-elles au programme, l'attribution d'un prix littéraire, décerné le jour du salon.

Quel nom, quel genre de littérature ? Tout cela reste à déterminer.

 

Dans tous les cas, rendez-vous l'an prochain, avec si le calendrier le permet une date facile à retenir comme pour en 2010 le 10/10/10 et cette année le 9/10/11.

"Ils sont fous ces pénivauxois !" référence à une célèbre bande dessinée, car aucune lecture n'est à mettre à l'index.

 

Patrice THEVENY et Jean-François CHALOT

 

  -oOo-

 

Ci-dessous un conseil de lecture avisé de Jean-François CHALOT

 

-oOo-

 

Quand un enfant écrivain rencontre un linguiste.

La rencontre s'est déroulée au deuxième salon littéraire de Vaux le Pénil.

Pour Alain Bentolila, la maîtrise de la lecture passe entre autres par l'acquisition d'un bagage lexical suffisant.

Cet enfant a pu bénéficier d'un bain quotidien dans la langue parlée et d'un contact très jeune avec le livre. Il s'est passionné pour la lecture et l'écriture.

Ses romans valent le détour...Ils sont accessibles aux enfants et ainsi peuvent constituer une première approche ludique avant la découverte d'autres oeuvres appartenant à notre patrimoine.

 

« L’Écurie de la dernière chance »

Roman de Charles-Antoine Cros

Editions du Lys noir - février 2011 - 239 pages - 12 €

 

                                   C'est un enfant....Il vient de publier son quatrième roman !

 

A 9 ans, il écrit son premier roman et à 12 ans et demi, élève en troisième il présente au salon littéraire de Vaux le Pénil sa quatrième œuvre.

Étonné et très curieux j'ai acheté cet ouvrage que j'ai lu d'une seule traite. La lecture est aisée, les phrases s'enchaînent facilement, le style est alerte, la maîtrise grammaticale parfaite et en plus l'histoire est distrayante....Que demander de plus ?

« Les chiens ne font pas des chats » et ce pré-adolescent a déjà vécu une longue histoire avec les mots et la littérature. Sa mère écrit des romans de qualité et au domicile parental les livres sont partout : sur les étagères , au bord du lit...

Comme l'explique bien le linguiste Alain Bentolila, quand un enfant peut dans son milieu emmagasiner un nombre important de mots, il commence sa vie de futur lecteur avec des chances de réussite.

Revenons maintenant au roman.

Le « Horse club » de l’Île de Noirmoutier bat de l'aile. Les propriétaires commencent à désespérer quand un jour, un pur sang noir leur est confié.

Cet animal instable, traumatisé a tout pour réussir s'il parvient à surmonter ses peurs.

Mathieu et sa femme relèvent le défi. S'ils réussissent à ce que Scharming retourne sur les champs de course, la grosse somme versée leur sauve la mise. En cas d'échec, c'est la fermeture du centre à très court terme.

Le jeu en vaut la chandelle !

Quand Maxime, l'enfant de la famille, sorti légèrement handicapé d'un accident, voit pour la première fois le cheval, c'est le coup de foudre :

« Devant la beauté et la force qui se dégageaient du pur-sang, une incroyable impression d'ondes positives irradiait à trois mètres à la ronde.... »

Ce livre est un roman jeunesse qui peut d'ailleurs plaire à un adulte qui tout d'un coup se retrouve sur MSN , avec sa langue codée mais très correcte ici dans le roman et avec ses dangers.

Un espion surprend une conversation entre Maxime et son meilleur ami. Ils parlent librement de la grosse somme en jeu permettant en cas de succès de sauver l'écurie...

Le lecteur est alors plongé dans le suspense...

Bonne lecture.

 

Jean-François Chalot

 

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 11:06

 

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Un débat organisé par l'Université de Parents
en avant-première du Salon littéraire de Vaux-le-Pénil

SAMEDI 8 OCTOBRE 2011
17H30
AU PETIT THÉÂTRE
DE LA FERME DES JEUX
DE VAUX-LE-PÉNIL



ENTRÉE LIBRE

Renseignements :
01 64 71 91 20

UNIVERSITÉ DE PARENTS


QUE LISENT
NOS ENFANTS ?


Qu’est ce qu’un livre pour enfant ?

Quelles sont leurs lectures préférées ?

Quelles astuces pour leur donner envie de lire ?

Dans le cadre du Salon littéraire et avec l’aide de professionnels du
livre, Anna Cross, auteur et éditrice, Anne-Marie Le
Guhennec, bibliothécaire, nous allons entrer dans l’univers de la
littérature jeunesse, où l’on découvre aujourd’hui une multitude
d’ouvrages (albums d’images, récits, contes, romans, BD, ...) déclinés
par genre et par âge, du bébé au jeune adulte...

Comment s’y retrouver ?

La soirée sera animée par Jean-François Chalot, conseiller
municipal.

Entrée libre

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 08:19

 

TOUTES ET TOUS AU SALON LITTERAIRE DE VAUX LE PENIL

 

Dimanche 9 octobre de 10H à 18 heures à la ferme des jeux, de nombreux auteurs et éditeurs ainsi que des rencontres comme celles-ci :

 

10h00-11h30 : Qu’est-ce que lire ? avec Alain Bentolila (Petit théâtre)

 

11h30-13h : Débat sur la précarité, avec ATD Quart Monde et Régis Félix (Bar du manège)

 

 

Voici en avant première un texte inédit d'Alain BENTOLILA

 

Alain BENTOLILA, 5 avril 2012

Au cœur de la laïcité, la probité intellectuelle.


 

La laïcité commença au moment où les hommes décidèrent collectivement d’imposer par le verbe leur pensée au monde ; le jour où, ne se contentant plus de contempler passivement l’œuvre de Dieu, ils se donnèrent l’ambition de l’interpréter, de la transformer et surtout de lui donner un sens par la force partagée du verbe. La laïcité commença à l’aube de la bataille engagée pour découvrir les secrets qu’un dieu jaloux ne voulait pas divulguer, à comprendre « ce qu’il y avait derrière » : derrière la vie, derrière les phénomènes qu’ils percevaient, derrière les apparences. C’est ainsi que les intelligences singulières des hommes, réunies et exaltées par leur langue commune, parvinrent à défaire nœud après nœud l’entremêlement mystérieux des principes de la genèse et de la cohérence du monde. Refusant la fatalité du hic et du nunc, s’élevant ainsi au dessus de son humaine condition, l’homme osa formuler l’universel, l’homme osa dire l’infini. Cette élévation est l’exact opposé de la révélation ; elle est une conquête et un choix humain, fondés sur une probité intellectuelle seule garante de sa valeur scientifique et morale.


 

La probité de parole

Si la langue donne à l’Homme ce pouvoir considérable de dire ce qu’il croit vrai partout et toujours, elle le laisse seul juge de son contrôle. Le verbe nous offre ainsi autant de pouvoir qu’il nous impose de responsabilité. Son exercice nous oblige d’emblée à nous poser la question de nos droits et de nos devoirs car, à la loi la mieux établie comme à l’allégation la plus infondée et la plus intolérable, la langue prête les mêmes structures, les mêmes mécanismes.

Examinons par exemple l’énoncé du principe ou théorème d’Archimède : « Tout corps plongé dans un liquide subit une poussée verticale dirigée de bas en haut ; elle est égale au poids du fluide déplacé et elle s’applique au centre de gravité de ce corps ».

À l’aide de l’adjectif indéfini « tout », en utilisant le présent de l’indicatif (« subit », « s’applique »), on parvient à poser le caractère universel de ce principe : il vaut aujourd’hui, il valait hier, il vaudra demain ici comme ailleurs. Des moyens linguistiques particuliers nous permettent de l’affirmer sans ambiguïté.

Lisons en parallèle ce que publie en décembre 1944 l’organe de la collaboration nazie « Je suis partout » : « Il est une loi parfaitement démontrée : tout Juif, demi Juif ou quart de Juif menace notre intégrité nationale. Il fait subir à nos systèmes juridique, économique et politique une intolérable pression qui le pervertit ». L’auteur de cette affirmation infâme, présentée comme définitive et incontestable, utilise exactement les mêmes moyens que ceux mobilisés pour donner au principe d’Archimède sa dimension de vérité universelle. L’adjectif indéfini « Tout » appliqué à « Juif », le présent de l’indicatif accolé aux verbes « menace » et « pervertit » donnent à cette phrase valeur de vérité générale.

La langue sert ainsi, avec le même dévouement, l’usurpateur et le juste. À tous deux, elle donne le même pouvoir de situer leur discours au-delà du constat, hors d’atteinte du perçu. Mais c’est bien parce que la langue donne à ceux qui l’utilisent ce pouvoir démesuré qu’elle impose une exigence éthique sans faille à celui qui parle ou écrit comme à celui qui écoute ou lit. Exigence personnelle de celui qui ose utiliser le discours du « partout » et du « toujours » parce qu’il doit être capable d’en démontrer la légitimité avec la plus grande rigueur. Exigence vis à vis de celui qui nous adresse un tel discours parce que nous devons le questionner sans complaisance, en traquer obstinément les failles et les faux-semblants. Je dirais volontiers en déformant à peine Rabelais : « Langue sans conscience n’est que ruine de l’âme ».Bien plus que la capacité d’articuler, c’est cette exigence éthique, à la hauteur de la puissance créatrice de la langue qui est inscrite au cœur même de l’humain. Elle en fait l’irréductible spécificité.

À nos enfants, nous devons donc apprendre, à l’école comme à la maison, qu’ils ont le droit de questionner la vérité proférée qui que soit celui qui la profère. Nous devons aussi leur montrer que lorsqu’ils s’aventurent eux-mêmes à édicter une loi ou une règle ils doivent apporter les preuves qui fondent la légitimité et l’universalité de leur proposition car ils s’inscrivent alors dans la volonté collective de donner un sens honorable au désordre et au tumulte du monde. « Passer » la langue à un enfant ne se réduit donc pas seulement à lui fournir des mots et des structures. Transmettre le verbe au petit homme, c’est le convaincre de l’exigence de dire justement le monde : « Tu es responsable de ce que tu dis parce que le verbe a fait de toi un créateur et non pas seulement une créature ». Tel est le premier message de l’école laïque.


 

La probité d’écriture

Ecrire répond à deux questions qui définissent et menacent notre humanité fragile: la première est « Est-ce que je suis ? »; la seconde est  «Serai-je encore après…».

La première question ne nous quitte jamais; elle est toujours là, tapie dans l’ombre, toujours prête à nous bondir à la gorge lorsque l’on s’y attend le moins. Toujours prête à nous entraîner dans ces abîmes vertigineux ou se dissout notre intégrité ou se défait notre cohérence. Et l’homme n’a jamais trouvé meilleure défense, jamais construit meilleur abri que ces pages écrites avec le souci de l’Autre. L’écriture est la seule vraie réponse, le seul remèdes honorables contre le doute fondamental qui taraude notre esprit : qu’est-ce qui fait que je suis Moi et non pas seulement un système complexe de cellules, un agencement astucieux d’organes ? Je suis celui qui écrit et qui, en écrivant, laisse dans l’intelligence de l’Autre une trace qui, pour être maladroite et sans réelle beauté, est une preuve tangible de mon existence. Je suis celui qui a lu l’Autre, et ces traces laissées dans ma propre pensée ont fait ma singularité et ma cohérence. Je ne suis donc en fait qu’une pensée en marche nourrie par tout ce que j’ai lu et écrit moi-même. C’est parce que je suis, par la grâce du verbe, à la fois « traceur » et « tracé » que je peux apaiser les chiens fous qui menacent de déchirer ce Moi si fragile. Quand je pousse la porte de mon amphithéâtre, quand je me mets à écrire, j’ai envie de vous dire, étudiants et lecteurs inconnus : « vous ne partirez pas sans porter la marque des griffes de mes mots ». À la question si éminemment humaine « Est-ce que je suis ? », l’écriture et aussi la parole constituent une réponse sans cesse renouvelée, sans cesse réaffirmée : « Je suis pour l’Autre ».


 

La seconde question nous accompagne, elle, tout au long de notre vie ; elle est à la fois un aiguillon qui accélère un galop qui nous grise, et une douleur qui nous paralyse et nous désespère. « Serai-je encore après… ? ». Tel est le doute lancinant qui peut ébranler notre goût de vivre et de construire. L’écriture est sans aucun doute la façon la plus juste et la plus honorable de l’apaiser un peu. Si l’on écrit, c’est avant tout pour laisser pour un autre que l’on ne connaît pas une trace de soi-même qui, nous l’espérons, nous survivra. Écrire, c’est affirmer l’espoir, qui nous console un temps, que l’esprit, notre esprit, existera pour quelqu’un lorsque notre corps ne sera plus.

Quoi de plus méprisable que ces hommes politiques, artistes ou autres people qui usurpent sans vergogne l’auguste nom d’auteur en se servant de « nègres » (ah, le vilain, mais si juste mot !) pour écrire des livres qu’ils n’ont souvent même pas pris la peine de lire, mais qu’ils iront présenter sur les plateaux de télévision avec la pitoyable complicité d’animateurs complaisants. Il n’est pas pire turpitude que de revendiquer un texte que l’on n’a pas écrit, dont on a été incapable de construire une phrase. Ce que nous devons apprendre, nous laïcs, à nos enfants, à nos élèves, c’est ce que l’humain a de plus précieux et de plus spécifique : transmettre au-delà de la mort, laisser sa propre trace pour celui que l’on ne connaît pas - une trace superbe ou médiocre, mais la sienne, dessinée de sa propre main, forgée par sa propre intelligence dans l’exaltation et le labeur solitaires ; une trace qui sera reçue, peut-être, par d’inconnus lecteurs comme sa prolongation spirituelle. C’est bien ce labeur d’écriture dont nul autre ne peut les décharger que l’on doit leur apprendre à chérir, parce que le soin obstiné qu’ils portent à la forme comme au sens construit la conscience de soi et le goût de l’Autre. Tel est le deuxième message de l’école laïque.

Dés lors que l’école laïque choisit de s’exonérer des lois que Dieu, directement ou indirectement a imposé aux hommes, elle doit alors placer au cœur même de son combat la formation à une probité intellectuelle sans faille. A nos élèves, nous devons transmettre la nécessité d’un équilibre exigeant entre droits et devoirs intellectuels: droits d’exprimer librement sa pensée mais obligation de la soumettre à une critique sans complaisance ; droits de faire valoir ses convictions mais interdiction de manipuler le plus vulnérable ; droit d’affirmer ce que l’on croit vrai mais devoir d’en rechercher obstinément la pertinence ; droit de questionner ce que l’on apprend mais devoir de reconnaître la légitimité du maître ; droits enfin d’interpréter les discours et les textes mais devoir de respecter la volonté et des espoirs de l’auteur. L’école laïque ne dit pas ce qu’il faut croire ni en qui il faut croire, elle apprend à parler juste, à lire juste, à écrire juste et à regarder le monde avec rigueur. Elle donne ainsi à chaque élève les armes d'une liberté de pensée qui sert l'intelligence collective.


 


 

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  • C'est une association familiale laïque qui lie le combat social et le combat laïque
Son projet associatif s'inscrit dans le PAL ( prestation d'animation locale) et le PAL Vaux le Pénil est adhérent à la Fédération des Centres Sociaux 77
  • C'est une association familiale laïque qui lie le combat social et le combat laïque Son projet associatif s'inscrit dans le PAL ( prestation d'animation locale) et le PAL Vaux le Pénil est adhérent à la Fédération des Centres Sociaux 77

AGENDA

 

 

  -oOo-

 

PROCHAINES PERMANENCES "INFO DETTE"

  à VAUX LE PÉNIL

 

 Vendredi 09 avril 2021

 Vendredi 14 mai 2021

sur rendez-vous au 

09 75 38 81 13 

 

    Affiche surrendetement RVB    

 

Sinon, toute l'année,  il y a des permanences hebdomadaires à 

 Melun, Dammarie, Le Mée, St Fargeau-Ponthierry, Moissy Cramayel.....

Renseignez vous auprès de notre secrétariat !

Qui sommes nous ?

Association fondée sur le principe de la laïcité,

intervenant dans tous les domaines

 où l'intérêt des familles est concerné.

     logo rose afl

Animée uniquement par des bénévoles, l'association propose différentes actions telles que : Accompagnement scolaire, alphabétisation, info dettes, écoute et soutien des familles, écrivains publics, informatique, échanges de savoir-faire. 

 

Surtout n'hésitez pas à nous laisser des commentaires en utilisant le lien en dessous de chaque article De même, lisez les commentaires, ils vous en inspireront peut-être d'autres Notre PAL est subventionné par la Caisse d'Allocations Familiales 77 et le Conseil Régional d'Ile de France