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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 12:11

 Intervention de Nathalie Rocailleux, psychologue-clinicienne

Nathalie Rocailleux 

 

Accueillir et le jeune enfant et Accompagner la parentalité :

 

La pause parents Toulon.

 

Association Familiale Laïque "TRANSITION" de TOULON (VAR) 

 

La pause parents est une action portée par l’Association Familiale Laïque TRANSITION. La première Pause parents a ouvert ses portes en 2002 à Toulon. Depuis, deux autres Pause parents – Ollioules et Brignoles – ont ouvert en 2006.

 

Le projet a été écrit initialement par des psychologues. Il s’est formé au départ sur le projet de la « Maison Verte » de Françoise Dolto en l’adaptant le mieux possible aux besoins des populations visées, les jeunes parents évoluant dans le contexte social et familial actuels. Nous y avons ajouté une approche plus globale et pluridisciplinaire dans l’accueil des parents et des jeunes enfants et avons adapté la manière de symboliser les règles et les interdits qui valent pour tous. Les Pause parents proposent systématiquement dans un même lieu :

 

  • Un espace d’accompagnement en périnatalité avec l’utilisation d’un outil du lien parent -enfant : le baby massage de type « Shantala ». C’est un massage d’éveil tonique du nourrisson effectué par les parents qui permet l’émergence d’interactions précoces et stimule la pulsion de vie du tout petit.

  • Un espace repas (on a travaillé sur ce projet avec l’association « les pâtes au beurre » à Paris) dans lequel on a ajouté une approche multiculturelle pour pouvoir parler de l’exil à travers la confection d’un repas « culturel » qui laissera la trace vécue et écrite d’une recette transmise aux autres parents mais aussi aux professionnels et aux enfants. Ce repas se confectionne avec les autres parents et avec les enfants et permet également à cette démarche de bientraîtance d’exister lorsque certaines difficultés émergent lors de la prise des repas.

  • Un espace de jeu, d’éveil et de créativité, un espace de vivre ensemble existe dans la pièce centrale, comme à la maison verte.

  • Enfin, un espace de consultations familiales et individuelles avec le psychologue pour que l’intime puisse se parler, se questionner et se travailler, pour qu’émerge l’élaboration psychique.

 

On ne peut pas accueillir un enfant sans avoir comme objectif de l’éduquer. « Educare » signifie « conduite hors ». C’est en premier conduire en dehors de l’inconscience vers la conscience d’être et ensuite conduire vers le libre arbitre avec tout ce que cela signifie d’introjection (fonction de prendre en soi) de la loi à travers le « vivre ensemble »…

Après que le geste ou l’acte éducatif a opéré sur les ateliers ou de manière simultanée, le parent peut trouver l’opportunité d’en dégager une pensée éducative, de pouvoir se dégager de ses souffrances ou de dépasser ses propres traumatismes d’enfance pour en libérer le mieux possible son enfant.

 

Les Pause parents sont des lieux ressource pour les familles. Ce sont des lieux de prévention précoce. Tous les parents y sont accueillis, qu’ils viennent pour socialiser l’enfant, pour s’initier simplement aux baby massages ou qu’ils viennent pour dénouer des problématiques plus importantes parfois sérieuses ou dramatiques. Dans tous les cas, l’histoire va se dire, des constructions psychiques vont se délier, se relier, se travailler. L’objectif étant que le parent puisse venir y élaborer quelque chose, et parfois simplement décaler le regard qu’il porte sur l’enfant pour arriver à se rapprocher le plus possible du parent acceptable. Le groupe social des autres parents est très important pour soutenir cela en plus des professionnels. Pourquoi des puéricultrices et des psychologues ?

 

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Entendre l’enfant c’est avant tout l’entendre dans son corps. « Infans » cela signifie celui qui ne parle pas. S’il ne parle pas, il n’est pourtant pas exempt de langage. L’objectif c’est d’accueillir l’enfant avec tout ce qu’on lui doit comme réponses à ses besoins fondamentaux tout en accompagnant les parents pour qu’ils passent du « donner des soins »  à la conscience ou au désir de « prendre soin de lui ». C’est toute la construction de la dignité de l’Homme qui s’inscrit dans cette démarche. C’est une élaboration psychique de la bientraitance de l’enfant. Et nous le savons bien, si tout ne se joue pas avant 6 ans c’est lors de ce temps de la petite enfance que se réalise, par le milieu familial particulièrement, l’essentiel de l’humanisation et de la civilisation en l’enfant. Pour le parent, cette démarche ne se décrète pas, elle ne va pas de soit.

 

Elle est ce qu’on appelle en psychanalyse la « parentalité »: ce processus intime conscient et inconscient vient du mot « maternalité » mis en évidence dans les travaux de Racamier. Il est le produit de ce que l’on est et cela procède de notre histoire, de l’ensemble de nos constructions structurantes et aussi de nos traumatismes. Si Traumatisme il y a, cela ne signifie pas souffrance. C’est pourquoi il fallait que la Pause parents soit suffisamment attrayante, offre des espaces très diversifiés pour répondre aux besoins des familles afin d’accueillir aussi ceux qui ne souffrent pas consciemment mais sont en risque de reproduire pour leurs enfants les traumatismes de leur enfance. L’inconscient traumatique du parent et surtout de la mère parle à l’inconscient du nourrisson à travers son corps. Voilà pourquoi il est très important que des puéricultrices interviennent en même temps que des psychologues pour décrypter ce qui se joue inconsciemment entre le parent et l’enfant.

 

Et tous les parents que nous avons rencontrés ont exprimé unanimement leur désir d’être de bon parent. On entend l’enfant par ce qu’il exprime en premier dans et à travers son corps : sa posture, sa tonicité, ses émotions... Le baby massage est un outil très enrichissant pour le parent et pour l’enfant. Le professionnel peut observer des transformations relationnelles intenses lors des séances de baby massages. Le portage est également parlant aux professionnels : le portage physique est souvent le reflet de la manière dont l’enfant est « porté » psychiquement. Nous observons des paradoxes et des ambivalences qui s’opèrent entre le désir énoncé par les parents (de fermeté, de contenance, de sécurité…) et les gestes qu’ils ont vers leur enfant. Nous voyons des mères qui arrivent avec des enfants « coulants » de leurs bras, des nourrissons qui « pendent dans le vide » et ne sont pas absolument pas « contenus ». On voit qu’il y a eu souvent des carences maternelles chez ces mères. Ces messages paradoxaux sont fortement « entendus » par le corps de l’enfant. C’est souvent au contact des autres mères que ces mères vont ajuster leurs postures aux besoins de leur enfant, dans une identification à l’image d’un maternage satisfaisant apporté par le groupe. C’est aussi cela que l’on peut trouver à la Pause parents. Ce qui émerge n’est donc pas forcément d’emblée l’expression d’une souffrance de la part du parent. Lorsque la souffrance arrive à se dire, on est déjà dans une possibilité de travail sur soi par la parole mais cela ne signifie pas que les choses vont changer rapidement pour autant dans la relation à l’enfant.

On travaille autant le maternage que la place du père même s’il est plus difficile d’accueillir les pères dans nos structures. On est dans un accompagnement global psycho éducatif affectif et social.

 

Entendre l’enfant c’est aussi accompagner le parent à l’entendre. C’est à dire à être dans un ajustement précoce satisfaisant à l’enfant au niveau affectif mais aussi au niveau de son développement cognitif. C’est donner la possibilité aux parents et à l’enfant d’expérimenter un accordage affectif moins dissonant.

 

Nous avons reçu récemment une maman en difficulté avec son enfant qui est porteur de troubles du développement. Elle dit de lui que cet enfant ne comprend rien et le vit comme un enfant sans compétences ni capacités. Il se trouve que la pause parents est structurée comme un appartement, le moins institué possible, où l’on peut venir jouer quelque chose de soi qui peut y être expérimenté et qui peut être ramené dans la sphère intime du domicile. Une pièce particulière de la structure, le bureau, renvoie symboliquement à la chambre des parents. Sur le sol, nous avons tracé une ligne rouge qui marque l’interdit qui vaut pour tous les enfants d’y entrer sans autorisation. La ligne rouge vient signifier que l’enfant ne doit pas rentrer dans cette pièce sans y être engagé ou autorisé par un adulte. C’est une manière d’amener l’enfant à se confronter à l’interdit mais aussi d'inviter l’adulte à jouer et interroger son autorité et ses moyens vis à vis de cet interdit simple et fondamental.

 

Cette mère vient avec son enfant, nous lui faisons visiter les lieux. Nous procédons toujours pour cela en nous adressant à l’enfant et au parent. Nous remettons ainsi l’enfant dans un statut de sujet et d’interlocuteur valable. Lorsque nous arrivons devant la ligne et en expliquons la règle à l’enfant, la mère nous dit « de toutes façons il n’a rien compris ». Au retour, de la visite de la salle de soin, nous repassons devant la pièce, l’enfant passe devant la ligne et s’arrête. Il ne la franchira pas. Nous, professionnels, sommes à ce moment là, tout à fait incapables de dire si l’enfant en a réellement saisi quelque chose. Il se trouve que la mère, surprise positivement s’est approprié quelque chose du comportement de son enfant et interprète immédiatement : « il a compris ! ». Elle reconnaît enfin son enfant capable de compétences, elle fait l’expérience de cette reconnaissance. Sa représentation de son enfant se décale vers un autre devenir possible. Si cette mère a été capable de regarder son enfant autrement, elle devient capable de s'attribuer des compétences de mère, de se projeter et de projeter son enfant dans l’avenir.

 

Précisons que les professionnels initient les parents aux baby massages et ne les réalisent jamais eux même. Il est important d’utiliser cet outil comme tous les autres comme autant de possibilités de permettre à l’enfant, quel que soit sa taille, sa maturité, son âge, de devenir sujet.

 

Une mère arrive un jour et dit « je n’arrive pas l’aimer ». Cela devenait envahissant et très culpabilisant pour cette mère. C’était son second enfant. Lors des baby massages, cet enfant exprime enfin quelque chose à travers son corps, il se met en réponse tonique dans la relation à sa mère. La mère peut alors parler des émotions et des sentiments qu’elle a ressenti lors de cette seconde naissance. Elle n’a « pas reconnu » son enfant et s’attendais visiblement à ressentir les mêmes émotions et les mêmes sentiments très envahissants qu’elle avait vécus lors de la naissance de son premier enfant. L’intervention de la psychologue a été très importante dans ce moment ou elle disait avec ses mots et où l’enfant répondait avec son corps. Cette mère a pu différencier les émotions qui émergeaient de son nouveau statut de parents lors de la première naissance, touts mêlés aux émotions de découvrir ce nouvel enfant - ces émotions et ces sentiments extrêmement forts qui marquaient sa confirmation par son « devenir mère » dans son statut d’adulte- des émotions plus apaisées et plus tôt élaborées en sentiments qu’elle n’avait pas « reconnues » lors de cette seconde naissance et qui ne parlaient que de sa relation à cet enfant là –son statut de mère étant déjà là-. Deux jours plus tard, cette mère arrivait à la pause parents, souriante, exprimant de nombreuses interactions avec un bébé détendu et souriant. Elle a pu accepter que ce qu’elle ressentait et construisait avec son premier enfant fût différent de ce qu’elle nourrissait pour le second parce que ses enfants sont des sujets et des personnes.

 

Accompagner la parentalité dans sa globalité avec toute la diversité des situations rencontrées à la Pause parents, la diversité culturelle, la diversité sociale, la diversité des typologies de familles est au centre des préoccupations des professionnels.

Les parents comme les professionnels ont la mission d’humaniser et de civiliser, c’est ce qui les met aujourd’hui sous les feux des jugements de la société civile mais aussi des politiques. Les autoriser à tâtonner, à expérimenter dans un cadre bienveillant et sécure est acte de bientraitance. Cela permet de restaurer une estime de soi parentale amoindrie.

 

La ligne rouge : l’interdit est encore mieux introjecté avec la parole.

 

Lorsque des parents voient que leur enfant est capable d’introjecter (prendre en soi) les règles sans que l’adulte ne passe par des actes, avec une parole contenante, ils sont surpris de se voir eux même expérimenter la parole éducative comme un outil qui engage et qui est valable.

Il n’y a pas de caractère obligatoire à venir sur les « Pause parents ». Pourtant de nombreuses mères qui bénéficient de mesures de protection pour leurs enfants (placements AEMO…) viennent spontanément avec la demande explicite d’ « être mère autrement ».

 

En jouant sur le groupe et sur la relation individuelle, l’enfant dit quelque chose de sa relation à ses parents.

Très souvent les parents viennent se parler depuis leur place d’enfant. Ils viennent s’approprier quelque chose d’eux même pour régler ce qui va se jouer dans leur relation à l’enfant. Lorsque c’est trop difficile certains parents s’en vont et ne reviennent pas, d’autres vont en parler à leur rythme intime. Une mère a mis 5 ans pour être en confiance. 5 ans de fréquentation quasi quotidienne, sans son enfant. Souvent on vient aussi avec l’enfant symptôme. Pour parler de lui. Parler avec lui, est parfois beaucoup trop difficile.

 

Nathalie Rocailleux.

 

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commentaires

THEVENY Patrice 27/11/2010 15:23


Nathalie, merci pour ta participation à notre colloque. Personne n'est resté insensible à ton intervention. Nul doute que si tu reviens un jour à Vaux le Pénil, nombre de personnes seront ravies de
te revoir.
Merci aussi pour ta cordialité.
Patrice THEVENY


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Son projet associatif s'inscrit dans le PAL ( prestation d'animation locale) et le PAL Vaux le Pénil est adhérent à la Fédération des Centres Sociaux 77
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