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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 08:50
Auxiliaire de vie scolaire


Voici une lettre que j'ai écrite l'année dernière et que j'essaie, je l'avoue, de diffuser le plus possible car elle fait écho à de nombreuses situations comme la mienne, moi qui suis auxiliaire de vie scolaire depuis plusieur années. J'avais envie de réagir à l'article sur ce métier qui résume la situation d'élèves handicapés et scolarisés et de leur accompagnants. Parce que nous ne sommes pas forcément que des mères de famille qui souhaitent un emploi à mi-temps ou de jeunes étudiants ou des personnes en décrochage social. Nous aimons notre "profession" et souhaitons la voir évoluer.

Lettre d’une AVS…Une quoi ?
J’éprouve un besoin, une obsession, mieux une obligation.
Témoigner.
Je suis auxiliaire de vie scolaire.
Ce que j’éprouve n’est pas de l’aigreur ou de la fatigue mais plutôt un sentiment d’impuissance et d’injustice.
Je suis une femme, j’ai 37ans, je vis en couple et j’ai deux enfants en bas âges.
Je possède une maîtrise d’arts plastiques. J’ai travaillé dans le domaine du social tout en étant bénévole dans une association d’arts plastiques et en ayant passé un certificat d’art thérapie.
Depuis 8 ans je travaille en tant qu’auxiliaire de vie scolaire.
Vous savez ces personnes sans qui les enfants handicapés ne pourraient ou auraient de grandes difficultés à être scolarisés.
Vous connaissez ? Ces personnes qui sont embauchées avec un baccalauréat minimum, qui tentent d’adapter la pédagogie des professeurs au handicap de l’enfant qu’ils accompagnent, qui assistent aux réunions pluridisciplinaires pour mettre en place un projet d’accueil de l’élève dans l’école.


Vous savez ces personnes qui s’informent, se documentent sur le handicap spécifique de l’enfant dont ils s’occupent.
Ces personnes qui aident l’enfant à la bonne mise en œuvre de son intégration sociale avec ses camarades, avec le personnel de l’école, celles qui font le lien entre les parents et l’école, celles qui dialoguent, qui écoutent, qui essaient de comprendre, d’expliquer.
Celles qui aident l’enfant à aller aux toilettes, qui le nettoient, qui le recoiffent, qui le rhabillent, qui l’accompagnent dans toutes les activités scolaires extérieures à l’école.
Celles qui proposent avec l’accord de l’enseignant des ateliers, des activités pour tous les enfants de l’école.
Ces personnes payées une misère auxquelles aucun CDI ou titularisation ne peuvent être promis.
Eh bien, ces personnes c’est moi et quelques milliers d’autres qui aiment leur travail, qui se sentent utiles et qui réfléchissent à leurs rôles professionnels dans leur établissement, qui s’adaptent aux différents enfants qu’ils suivent, qui sont surdiplômés par rapport à la fiche de poste qu’ils ont. Ce sont ces personnes qui depuis des années ont réfléchi et ont créé le métier d’auxiliaire de vie scolaire.

Après 6 ans de contrat d’un an, renouvelé tous les ans, je suis virée, non pas que je travaille mal, que j’ai commis une faute grave, non il s’agit de la fin de ce système de renouvellement qui mettrait l’éducation nationale en infraction si elle me proposait un autre contrat.
Deux ans de chômage où je vous passerai les détails pour trouver un emploi ou prétendre à une formation professionnelle. Puis un autre contrat, privé, en CAE-CUI. Qu’est-donc ?
Mon salaire est subventionné à 70% par pôle emploi pour permettre à un autre établissement de me recruter. Il s’agit à la base d’un contrat pour aider les plus démunis, les plus mal diplômés à être embauchés.
J’ai droit à ce contrat car cela fait 2 ans que je suis au chômage.
Quelle aubaine pour les principaux d’établissement qui peuvent embaucher à 20h, pas plus, au smic (675€ par mois) des personnes soit diplômées en psychologie, soit avec une expérience de plusieurs années dans le monde du handicap, soit ayant un master I, II etc.
Je ne les blâme pas, au contraire, eux aussi font ce qu’ils peuvent et reconnaissent nos compétences à leur juste valeur.
Ce contrat est valable 2 ans et ne peut être renouvelé.
J’ai fait une demande de validation des compétences pour obtenir le diplôme d’éducateur de jeunes enfants car je trouvais que les compétences requises et demandées étaient similaires à celles de l’auxiliaire de vie scolaire.
Première lettre, premier refus.
Je renvoie une lettre de recours expliquant exactement ce qu’étaient les fonctions d’un AVS (auxiliaire de vie scolaire). Deuxième refus : « en effet, les fonctions et activités ciblées pour établir le rapport direct précisant la dimension collective et non individuelle de l’accompagnement effectué par l’EJE. »
Ce que je fais pour un enfant, je ne peux le faire pour plusieurs avec une quotité d’heures de travail supplémentaire et un meilleur salaire !!!!????
D’autant plus que la VAE peut être acceptée partiellement et permet de valider les modules non recevables, par la suite, grâce à l’entrée en formation en IRTS (institut régional du travail social).

Voilà j’ai 37 ans, une famille, une expérience professionnelle qui n’est absolument pas reconnue, et quoi ? Il faut que je refasse 2 ans de chômage pour pouvoir être à nouveau rembauchée ? 675€ de chômage ça fait… Oups, à peu près 400€ par mois pendant 2 ans. Quelle aubaine ! (bis)
J’avais envie d’expliquer ma situation qui est semblable à beaucoup d’autre et encore, je peux prétendre avoir de la chance d’avoir un compagnon qui travaille.
Une collègue doit aller au resto du cœur pour nourrir sa fille. Elle rentre dans les statistiques des travailleurs pauvres surdiplômés. J’en deviendrais cynique si ce n’était pas à pleurer ! Comment être disponible et à l’écoute de tous ces enfants emprisonnés dans leur handicap lorsque l’on ne sait pas si son propre enfant mangera à la fin du mois ? Et pourtant, elle parle de son métier comme d’une passion.
Impuissance, injustice, dégoût, voilà mes sentiments, mes sensations face à l’immobilisme des pouvoirs publics. Ne me dites pas qu’ils ne savent pas, au vue des centaines de pétitions, manifs et autres revendications de notre part. Je crains que cette situation ne les arrange.
Non reconnaissance=emploi précaire=moins d’argent à dépenser devant la demande grandissante d’accompagnants scolaires=surtout ne rien faire ! Ben oui c’est la crise, y a pas d’argent ! Enfin soyons raisonnable.
Voilà, je ne sais pas ce que je ferai de cette lettre, à qui l’enverrai-je, qui la lira, peut-être vous, et peut-être entièrement… Ceci est une réponse à un besoin, une obsession, une obligation. Une colère aussi !

agathe goupil

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commentaires

goupil 23/02/2015 21:40

Merci Pochet pour ce témoignage, les qualités humaines qui ressortent de votre commentaire me touchent énormément et je ressens votre investissement pour ce métier qui est fabuleux à pratiquer. Je voulais dire aussi qu'au delà de tous diplômes ce sont réellement les qualités humaines qui priment pour être aesh et ...une bonne formation que l'on nous promet et qui n'en n'est pas une car non qualifiante et non professionnalisante. Si au moins cette formation idéale pouvait exister, elle permettrait à des personnes comme vous et moi de développer des pratiques et nous permettrait de progresser dans notre métier et de pérenniser nos contrat.Je vous souhaite bon courage par la suite et regrette qu'au bout de deux ans vous ne puissiez continuer ce métier car vous paraissez être tout indiquée pour aider au mieux ces enfants.

POCHET 23/02/2015 15:02

Bonjour Agathe,

Votre lettre m'a beaucoup touchée.. Tant sur le plan d'impuissance que celui de l'injustice !
Comme vous, c'est une obsession plus encore un devoir de vouloir aider les enfants qu'on accompagne lorsque l'on est AESH quelque soit le contrat! Je suis AESH i (anciennement AVS i) ce qui veut dire la même chose depuis octobre 2013, récent par rapport à vous. En contrat cui-cae de 24 mois. Contrairement à vous je ne suis pas diplomée, je ne possède que mon courage et ma volonté pour ne pas vivre sur le dos de la société. Je suis reconnue "travailleur handicapé" ce qui m'a permis d'accéder à ce type de contrat. J'aime les enfants, les aider, les écouter, les comprendre, leur parler et être disponible pour eux.. Comme vous l'avez si bien décrit "comment fait-on au long court pour le rester disponible" quand notre esprit est à cette précarité incontournable quand on est soi-même handicapée seule, pas soutenue, qu'on ne peut faire d'avantage pour ces enfants tout handicap confondu qui ne sont pas diagnostiqués pour la plupart, qu'on aide en procédant à tatons ! J'ai 45 ans.. J'ai travaillée en qualité d'aide maternelle dans une école privée lorsque j'étais plus jeune.. Les enfants que l'on accompagne ne peuvent pas garder la même AESH au dela de 2 ans. Ils subissent le changement d'institutrices (maladie, remplacement, maternité) le remplacement de l'AESH ( fin de contrat, de droit..). Vous subissez le fait d'être diplômée payée des cacahuètes en situation précaire. Je subis d'être handicapée, pas reconnue en tant que personne (qualités, valeurs..). Bref, je suis une handicapée qui accompagne des enfants handicapés que j'aime que je comprends, je les aides du mieux que je peux, je voudrais faire plus, je ne peux pas.. Et je m'accroche parce que j'aime ce que je fais, j'aime être avec eux.. J'aimerais tellement qu'il en soit ainsi des années durant.. Lorsque l'on est handicapée, on est limité, on ne peut pas exercer le métier qu'on veut et lorsqu'on en trouve enfin un.. On a terriblement peur de le perdre, même ressenti lorsqu'on est sous contrat!

J'espère sincèrement pour vous que les choses vont bouger Agathe. Il y a beaucoup de sincérité, de sensibilité et de souffrance dans votre récit.. J'espère que vos lignes vont toucher d'autres personnes de situations similaires, il serait tant que ça change, pour nos enfants. Je terminerais par cette révélatrice qui me touche depuis longtemps et qui m'a aussi donné envie de faire ce que je fais : j'ai un fils de 15 ans qui souffre d'une dyslexie qui a été diagnostiquée "très sévère".. Tout va bien pour lui aujourd'hui.. Il avait 8 ans 1/2.. Une sacrée bataille :(

Bon courage Agathe.

Patricia.

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