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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 09:22
L'école en panne d'autorité.

Suite à l’article « la maltraitance sociale » un lecteur vient de nous envoyer ce texte

L’auteur est un instituteur à la retraite.

Quand notre société tousse, l'école éternue.

Les récents incidents ayant mis en cause de jeunes enfants se refusant à honorer les morts des dernières tueries de Charlie et du Super Cacher ont remis en lumière une des faiblesses de notre école : le déficit d'autorité. Rien ne va plus dans notre bonne république à cause de l'incorrection et de l'indiscipline des élèves dues à la démission supposée des professeurs, incapables de se faire respecter.

Dans son édito de Marianne du 30 janvier 2015, Jacques Julliard applaudit « au retour de l'autorité à l'école », dans le discours ministériel tout au moins, comme si cela se décrétait depuis les bureaux de la rue de Grenelle. Une autorité qui selon lui n'a rien à voir avec l'autoritarisme mais découle de la supériorité de celui qui sait sur celui qui ne sait pas. « la seule autorité que nous reconnaissons est celle du savoir et de la raison. » Un savoir qu'il conçoit comme « élaboré selon les règles de l'esprit scientifique ».

Tout cela est bel et bon mais si un professeur de mathématiques peut faire autorité dans sa matière, en quoi cela lui donne-t-il une supériorité dans une discussion d'ordre général ? En quoi un diplôme de l'enseignement supérieur en latin-grec donne-t-elle autorité à un enseignant pour discuter du sexe des anges ou de la longueur de la barbe de Mahomet ?

L'autorité ne se décrète pas. Certains enseignants ont la chance de pouvoir compter sur une autorité « naturelle ». D'autres savent établir leur autorité par un savant mélange de fermeté, de compréhension et de respect de l'élève… Mais en fait l'essentiel vient des enfants et du monde dans lequel ils vivent.

Dans l'école d'autrefois, comme dans la société, le respect de l'autorité allait de soi. Certains rebelles passaient outre mais ils étaient minoritaires et contaminaient rarement le troupeau. Des anciens aiment raconter que lorsqu'ils se plaignaient d'avoir reçu une gifle à l'école, ils en recevaient une autre en complément à la maison.

Nous n'en sommes plus là. Nous avons connu mai 1968. Pour le meilleur et pour le pire. Sous prétexte de respect de l'enfant, le laxisme s'est installé dans bien des familles avec le culte de l'enfant-roi. Et comme beaucoup de parents étaient aussi « savants » que les maîtres, ils ont voulu mettre leur grain de sel dans l'enseignement reçu à l'école par leurs enfants. Et le statut moral des enseignants s'en est trouvé diminué. En outre, le consensus social qui avait affermi la 3ème république a depuis longtemps volé en éclat. Et comme l'école s'est ouverte au monde, elle a importé bien des conflits extérieurs.

Par ailleurs, la notion de laïcité ayant été battue en brèche par une tendance au repli communautaire et l'ignorance des jeunes enseignants (Il est bien loin le temps des « séminaires laïques » qu'étaient les « écoles normales d'instituteurs »!) chaque élève prétend relever d'une autorité supérieure à celle du maître, d'autant que bien des parents dénient[1] à l'école tout rôle éducatif (l'éducation étant considérée comme relevant exclusivement de la famille) .

[1]
/ J'entendais (samedi matin 31/01) une docte intervenante dans une émission de Serge Moati sur LCP prôner, comme alternative à la ghettoïsation des établissements, l'imposition d'une plus grande mixité sociale dans les écoles. Elle oubliait l'existence de l'enseignement privé qui permet à ceux qui le souhaitent d'échapper aux promiscuités indésirables (c'est peut-être une des raisons de l'apparent accroissement des écoles juives permettant dans certains quartiers, à de jeunes juifs d'échapper aux brimades de jeunes antisémites...)

Texte de Jean Mourot.

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WuShen 04/02/2015 10:10

Quand j'étais syndicaliste enseignant, j'ai dû, quasi quotidiennement, pour aider des collègues insultés dans l'exercice de leur fonction, ressortir l'article 11 du statut de la fonction publique. Pourquoi? La hiérarchie de l'Education nationale prenait systématiquement le parti des parents insulteurs et de leurs enfants contre l'enseignant. Comment en est-on arrivé là? Il me semble que l'instauration en 1976 par Haby des conseils d'école, "la plus grave atteinte contre l'école depuis Pétain", selon Guy Georges, y est pour beaucoup. Guy Georges les accepta lorsqu'ils furent renforcés par les différents gouvernements Mitterrand, avec JP Chevènement notoirement. Quand c'est de droite, c'est mal, mais quand c'est de "gôche", c'est bien. L'entrée des conflits extérieurs à l'école a été sciemment organisée pour dénaturer sa fonction. Bien sûr les laïques conséquents étaient taxés de rétrogrades laïcards, opposés à "l'ouverture de l'école sur la vie"... Heureusement les enseignants souvent ont su intelligemment mettre ces conseils d'école du côté de l'école contre ses contempteurs et destructeurs au nom des soi-disant "sciences de l'éducation".
Après le 11 janvier, le gouvernement en appelle aux religions (comités interreligieux sous l'égide de préfets, introduction de l'enseignement du "fait religieux" à la place de l'enseignement de l'histoire, de la philosophie, des humanités) pour régler les problèmes de l'école de la république. C'est la continuité, à l'instar de Caton, à propos de Carthage, ça fait plus de 40 ans que les gouvernants de la 5e république répètent "il faut détruire l'école de la république".
Ne rougissons pas des mots d'ordre des jureurs de Vincennes! Portons les plus que jamais contre ceux qui les ont trahis dès qu'ils ont eu le pouvoir. Abrogation de la loi Debré! de la loi Jospin (notamment l'art 10)! Respect de la loi de 1905 méconnue ou piétinée sciemment par des élus.
La liberté de conscience n'est pas négociable, c'est la laïcité, la plus grande des libertés, celle des autres.
Merci pour votre article qui suscite la réflexion.
Wu Shen.

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