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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 07:19
Un fossé se creuse

Un fossé se creuse

Le blog associatif de "Familles Laïques" de Vaux le Pénil se veut un espace d'informations, de débats et d'échanges.

Voici un texte de NABUM qui pose la question de l'empathie et de la formation des enseignants....C'est un texte très actuel

A vos commentaires !

Pourquoi nos enseignants nous tiennent-ils toujours un discours négatif ?

Voilà l'étrange question que me posa un jeune de dix-sept ans, élève en lycée technique, que je suis dans le cadre de mon travail d'accompagnement des élèves sous le statut du handicap. Mon travail consiste alors à vérifier la mise en place des adaptations nécessaires tout en assurant un soutien scolaire lié à sa problématique.

Ce garçon, dyspraxique, met beaucoup plus de temps que ses camarades pour réaliser un travail. C'est là son problème principal. Il me dit passer chaque soir des heures pour remplir ses obligations scolaires. Il passe également une grande partie de son dimanche à faire ses devoirs. Je le sens découragé, à bout de forces et particulièrement énervé vis-à-vis d'enseignants toujours, selon lui, dans la récrimination et le discours négatif.

La veille, sa classe venait de subir une séance comme il en arrive parfois dans nos établissements. Un professeur, exaspéré de n'avoir pas reçu tous les travaux demandés (à trois exceptions près, dont mon lascar), s'était lancé dans une diatribe sur l'immaturité des élèves, leur manque de travail et leur faible investissement. Je raccourcis un propos qui, d'après mon client, était d'une redoutable virulence.

Comment expliquer alors à ce garçon, désemparé par un bulletin décevant, une fatigue proche de l'épuisement et des interrogations sur son avenir immédiat, les arcanes du discours professoral ? J'avoue que parfois, il n'est pas simple de défendre l'indéfendable. Quand un collègue, pour des raisons qu'il n'est pas facile de juger, traite ses disciples de nuls, il est besoin de recadrer les choses.

Je lui expliquai alors que le système français ne donnait pas de formation pédagogique à ses enseignants. La faute est regrettable tout autant qu'indiscutable. Ils sont bien peu à avoir appris les rudiments du management, de la psychologie de groupe, les bases de la communication et les incontournables de la motivation positive. C'est parce que j'ai eu la chance d'être entraîneur sportif de bon niveau que j'ai eu accès à de tels contenus ….

D'autre part, le pauvre enseignant est lui-même, le plus souvent, un bel exemple de la réitération d'une classe sociale relativement privilégiée qui fournit le plus fort bataillon de la profession. Ancien bon élève lui même, l'enseignant ignore tout des difficultés d'apprendre, tout comme des conditions de vie des classes populaires. Ce manque d'empathie fausse considérablement le jugement de beaucoup de mes collègues.

Leur parcours personnel les a souvent conduits, après une scolarité initiale sans anicroches, vers des classes préparatoires, où tout s'est dégradé. La norme y est justement le dénigrement de l'élève, son rabaissement systématique afin de décourager les plus fragiles. Forts d'une expérience de laquelle, ils ne sont pas tous sortis vainqueurs, nos braves éducateurs, reproduisent ce tir de barrage qui fait si mal.

Avec ce merveilleux modèle, si l'insulte n'est pas certaine, le propos est si mauvais que l'élève en sort amer et déprimé, à moins qu'il ne se protège en se désinvestissant de sa scolarité. Il y a donc bien des choses à revoir dans notre bon système scolaire, à commencer par la manière de s'adresser aux bénéficiaires de notre action.

En utilisant à dessein une telle formule, je faisais réagir mon interlocuteur qui s'étonnait alors que les enseignants exigent des élèves ce qu'ils ne tiennent pas souvent de leur côté. L'exemplarité a ses limites que l'âge n'est pas de nature à justifier. Le respect des délais pour un devoir devrait valoir tant pour sa remise que pour sa correction. La ponctualité tout autant. Un enseignant n'est pas infaillible et se refuser à reconnaître une erreur, une maladresse ou même une injustice, ne favorise pas la relation enseignant - enseigné. Mais là, nous touchons à l'intangible : à ce qui ne peut être abordé dans une salle des professeurs.

Mon jeune interlocuteur semblait apprécier un discours de vérité, une parole qui lui expliquait les limites actuelles d'une institution qui n'a jamais accepté d'envisager objectivement l'emballage, tout en se focalisant sur les seuls contenus d'enseignement. Il y a sans doute quelque chose de rassurant dans cette fuite en avant qui ne cesse de creuser le fossé entre les deux parties qui se font face en chiens de faïence.

Est-ce que je l'avais rasséréné ? Fondamentalement, ce que je lui avais dit ne changeait pas son problème ni ses griefs vis-à-vis de ceux qui lui adressaient des phrases blessantes. Mais, je crois qu'il comprenait enfin qu'il n'était pas jugé, qu'il n'était pas visé par des adultes lui reprochant toutes les tares de l'adolescence.

Il avait, face à lui, des individus aussi démunis devant leurs élèves que les élèves l'étaient devant une manière de faire qui ne donne ni perspective, ni cohérence. Si incommunicabilité il y a, elle est instituée par une sociologie déplorable et une absence de formation. Ses professeurs ne sont pas « méchants » par plaisir ou par vice ; ils sont simplement impuissants devant des obstacles auxquels ils n'ont jamais été préparés.

De toute cette pauvre explication confuse et incomplète, que restera-t-il ? Pour mon client d'une heure, l'envie de surmonter la prochaine séance de catharsis collective. Il aura désormais assez de distance pour lui donner le sens qu'elle mérite et cesser de penser que c'est un jugement destiné à le descendre en flèche. C'est de l'impuissance qui s'exprime ainsi : c'est bien malheureux, mais ce n'est que ça.

Décryptagement sien.

NABUM

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commentaires

C’est Nabum 21/02/2015 09:51

Isabelle

Même avec des programmes médiocres, un enseignant bien formé pourrait transcender l’injonction ministérielle qui nous est faite de réduire à néant la formation des masses. Notre devoir est de désobéir devant cette volonté de détruire l’école.
Naturellement, l’absence de formation procède de ce noir dessein contre lequel, il n’est pas un jour où ne mettions toute notre énergie pour contrecarrer la volonté des élites.
Ayant été un élève montré du doigt pour sa dyslexie et sa dysorthoographie, je ne peux juger du second plan. Je pense qu’il faut avoir eu des difficultés avec le système pour s’y mouvoir plus efficacement. Ce n’est qu’un point de vue.
L’emballage n’est pas secondaire, bien au contraire. Nous sommes en lutte directe avec le pouvoir de médias qui n’ont aucun contenu mais une présentation très calculée. Notre façon de mettre en avant nos contenus ne peut rivaliser avec ces éléements qui ont formaté les esprits des élèves. Pour vaincre l’ennemi => L’acculturation générale, il faut employer ses stratégies.

Isabelle Voltaire 20/02/2015 17:46

1. Nabum a écrit : "Ils sont bien peu à avoir appris les rudiments du management,... les bases de la communication".
Je regrette qu'il déplore comme premier défaut de la formation des enseignants cette question de com. Il est pourtant bien placé pour savoir que les problèmes de l'enseignement (et de la formation des enseignants) sont d'abord des programmes indigents, de plus en plus lacunaires et désorganisés, et pas l'abîme du superficiel de la com : enfin quoi, serait-il victime de l'idéologie du ministère et de tout le pouvoir en place ? Cela m'étonne de sa part.
Ces programmes scandaleusement effrités concernent les élèves mineurs qui sont à notre charge, et les jeunes aspirant au métier d'enseignant.
Les rudiments de la psychologie, de la communication, cela s'apprend, *normalement quand c'est bien fait*, dans l'étude du français, de la littérature. Quand on respecte les élèves, on ne leur fait pas un cours de com, on leur apprend à composer une dissertation. Cela commence très jeune, à l'école primaire, c'est difficile, car lire et étudier une bonne quantité de romans de niveau au-dessus du hall de gare, cela prend du temps. Des années. Sinon, c'est de la soupe médiatique indigne.

2.
Evidemment que les enseignants sont généralement d'anciens bons élèves ! qui dans l'idéal ayant été heureux d'apprendre, veulent faire partager ce bonheur aux générations ultérieures. Comment de mauvais élèves, n'ayant pas acquis ni la culture littéraire ni même le pauvre bouillon nommé com, (N. a raison), voudraient-ils faire partager une pitance incertaine ?
N. écrit : "Ancien bon élève lui même, l'enseignant ignore tout des difficultés d'apprendre" : ceci me paraît faux, car contradictoire avec ce qui est écrit plus loin sur les classes prépa où justement il y a un saut important dans la difficulté, donc même ceux qui jusque là survolaient se heurtent à la difficulté d'apprendre. Et c'est heureux : c'est stimulant de devoir faire face à des nouveautés difficiles.
N. écrit encore : "l'enseignant ignore les conditions de vie des classes populaires".
Pour les malheureux incultes que l'on recrute maintenant, c'est partiellement vrai, pour ceux qui non seulement n'ont pas lu grand-chose de sérieux, mais ne savent pas se promener à pied dans le quartier de leur école et regarder le monde autour d'eux, et parler avec les gens.
Ils en sont donc partiellement responsables, mais il faut souligner la responsabilité politique écrasante des gouvernements successifs de toutes couleurs politiques qui ont supprimé des écoles qui jadis assuraient la promotion des enfants du peuple : les écoles primaires supérieures, et les écoles normales primaires. Les enfants d'ouvriers qui en ont bénéficié, jadis donc, connaissaient par leur famille ce qu'était le travail ouvrier, et étaient bien instruits.
Je remarque d'ailleurs dans votre phrase que vous parlez de "conditions de vie", en bon élève conditionné par les écrits des sociologues, mais comme la totalité de la littérature sociologique et des écrits de la classe politique, vous oubliez (passez sous silence ?) que les ouvriers étaient des producteurs, qui avaient donc un savoir professionnel bien précis (P3 HQ). Quand le pouvoir économique et donc politique de la classe ouvrière n'était pas un vain mot : ceux qui étaient capables pour commencer la grève de mettre en panne les machines de telle sorte que le patron ne savait pas les remettre en marche.
Je le dis au passé et suis tentée de vous pardonner : les ouvriers ont presque disparu, les usines fermées, leurs écoles professionnelles dégradées (vous en savez quelque chose par votre expérience), le savoir professionnel perdu. Ce que vous appelez "les classes populaires", ce ne sont presque plus que de pauvres consommateurs de produits fabriqués ailleurs. Si vos néo-profs ne font pas leurs courses dans la même supérette que leurs élèves, effectivement ils ignorent leurs conditions de vie, laquelle vie se réduit à acheter quelques indigestes boîtes de bouffe toute faite et de coca infâme ...

3.
Je vous accorde volontiers que "l'institution n'a jamais accepté d'envisager objectivement l'emballage", enfin, envisager objectivement ce que vous appelez ici l'emballage, et que j'appelle plus haut la com ; le contraire eût été de s'assurer sérieusement de la culture générale et particulièrement de la culture littéraire et historique. Nous sommes d'accord là-dessus : les ministères et gouvernements successifs ont fait en sorte de livrer des jeunes enseignants ne maîtrisant pas les armes de l'esprit. Exprès livrés désarmés, ainsi taillables et corvéables à merci (vous avez lu L'enseignement de l'ignorance ?)
Mais contrairement à ce qu'avance la fin de votre phrase, ce n'est pas pour "se focaliser sur les seuls contenus d'enseignement" ; je m'étonne de cette assertion, qui est fausse et c'est facile à démontrer par maints exemples : vous fréquentez certainement les forums du genre Neoprofs, vous ne pouvez l'ignorer. Justement votre expérience professionnelle peut vous le montrer à chaque conversation, précisément avec les élèves que vous recevez en aide.
Si les contenus d'enseignement dont nous accablent les ministères successifs (toutes couleurs apparentes confondues, j'insiste), si ces programmes étaient bons, si ça n'était pas du bluff plein de trous et de mousse, si les jeunes collègues n'étaient pas jetés sous la menace pour les exécuter, sans doute les malheureux gamins que vous recevez n'auraient pas ces sujets de plainte.

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